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Zirgule et Moi

A l’abri d’un abri de tramway nous nous abritions de la pluie qui pleuvait de haut en bas. Il n’y avait aucun soleil ou alors qu’un seul à l’horizon, en tout cas pas plus, à la limite moins. Sous les gouttes, nous respirions, comme il se doit quand on est vivant. Nous n’étions d’ailleurs pas vraiment sous les gouttes puisque nous étions à l’abri du petit abri de la TAN qui nous abritait. Zirgule a causé :

- Je cause, je cause, je cause ...

J’ai haussé les épaules car cela ne faisait pas beaucoup de sens pour moi, ce que racontait Zirgule. Mais malgré mes épaules levées, cela ne fit pas plus sens. C’est pourquoi j’arrêtai tout de suite de lever mes épaules et m’efforçai dès alors d’afficher un air contrit au visage, pour me donner contenance face à Zirgule. Je bouchai ma bouche, oreillai mes oreilles et nésai mon nez, non sans me répéter à quel point je haïssais le passé simple. Elle me regardait d’un regard, ou plutôt de deux car elle avait deux yeux. Son œil gauche me fixait d’une manière plutôt subreptice : elle était divergente du strabisme. Son œil droit en revanche était plutôt franc de la cornée. Moi, j’essayai un peu de lever les épaules pour la divertir mais je voyais bien que je ne faisais pas mouche du tout, tout au plus un vague moustique ou une mouche mais à merde. Zirgule a remis ça :

- Je cause, je cause ... Je c... Cause ! 

Cette fois, j’entrepris de me balancer d’un pied à l’autre, méticuleusement, sans la quitter du regard. J’entrepris aussi de fixer son œil divergent plutôt que son œil franc, pour la décontenancer. Elle en fut toute décontenancée et cela me décontenança à mon tour. En effet, sous l’effet de la décontenance, elle se renversa en arrière et se tapa bruyamment sur la peau du ventre qu’elle avait bien tendue d’ailleurs. Elle me fit l’effet d’un aqueduc.
J’étais occupé à acheminer l’eau par la simple force de la gravité quand elle a arrêté de se taper sur le ventre.

- La moyenne des moyennes n’est pas la moyenne des valeurs individuelles.

Que j’ai dit. Ça lui a coupé le sifflet et on est restés à regarder la pluie passer verticalement pendant deux ou trois secondes qui parurent quasiment quatre.


J'ai regardé Zirgule qui me regardait plus, je me suis dit voilà le temps passe et déjà Zirgule regarde ailleurs.

Le tramway est arrivé, et c’était l’heure d’aller bosser.

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