J’étais en train de tordre le cou à mon ombre, tranquille sur mon tapis de salon. Je l’avais bien zigouillée mon ombre, faut dire qu’elle l’avait cherché, elle s’était tapé toute la bouteille de whisky et avait encore pioché dans la réserve d’herbe magique. Y’a des trucs, je pardonne, et d’autres trucs que je pardonne aussi. J'ai le pardon plutôt facile. Mais si y'a bien une chose avec laquelle je badine pas, c'est l’alcoolisme. Et mon ombre en faisait une bonne, d’alcoolique. Elle et moi on était face contre terre contre face, et ça castagnait sévère.
Pour attraper une ombre, il faut être sacrément costaud du bout des doigts, parce que ça file vite dans les phalanges. Je m’étais entraîné des longues années durant, pour obtenir ce pincé des doigts si puissant qu’il pouvait servir à attraper des ombres. Tout d’abord, j’avais commencé par le plus facile : attraper l’eau du robinet ou bien encore l’haleine chargée d’un contrôleur de tramway. Puis j’avais corsé la chose : j’attrapais au vol des pensées fugaces ou encore des bouts de rêves à la con. Un jour j’ai eu un souvenir de marin entre l’index et le majeur, pouah j’ai eu le bout des doigts jaunes pendant trois ans ! Longtemps jeme suis couché de bonne heure passai pour fou, mais n’empêche qu’aujourd’hui quand mon ombre tète dans ma bouteille, elle s’en prend une et fissa.
Pour attraper une ombre, il faut être sacrément costaud du bout des doigts, parce que ça file vite dans les phalanges. Je m’étais entraîné des longues années durant, pour obtenir ce pincé des doigts si puissant qu’il pouvait servir à attraper des ombres. Tout d’abord, j’avais commencé par le plus facile : attraper l’eau du robinet ou bien encore l’haleine chargée d’un contrôleur de tramway. Puis j’avais corsé la chose : j’attrapais au vol des pensées fugaces ou encore des bouts de rêves à la con. Un jour j’ai eu un souvenir de marin entre l’index et le majeur, pouah j’ai eu le bout des doigts jaunes pendant trois ans ! Longtemps je
Mon ombre semblait prendre un malin plaisir alors que je lui pinçai les tétons avec force, ce qui me laissa perplexe quelques secondes. Mon ombre, maso ? J'étais sonné, et c'est d'ailleurs là que ça a sonné. Mon ombre s’est jetée sur l’interphone, précédée de moi évidemment et on s’est débattu pour répondre.
- Oui?
- C'est Zirgule.
- Ouais. J'suis avec mon ombre, Pendeja ! What do you quieres ?
- Je peux rentrer ?
- Ouais, j'ai fait. C'est toujours au troisième, et l'ascenseur est toujours aux absents abonnés.
J’avais quinze secondes pour ranger un peu ma vie. J’ai secoué mes coussins, remisé la bouteille vide, filé une claque à mon ombre, j’ai appelé EDF pour résilier mon contrat d’il y a 5 ans, j’ai changé d’opérateur téléphonique et me suis désabonné d’Amazon. J’avais tout juste commencé à trier mes crayons de couleur par chanson française quand elle est arrivée. J’en était à « En Rouge et Noir », sortie en 1986, et j’avais donc mis le crayon rouge et le crayon noir après le crayon bleu des « Mots Bleus », sorti en 1974.
Zirgule est arrivée, elle avait sa tronche des mauvais jours, elle était toute bleue et blanche.
- Ça caille, qu’elle a fait.
- Ouais, que j'ai dit.
- Je m'en vais. Demain, qu'elle a dit.
- Ah, que j'ai fait.
- Ouais, que j'ai dit.
- Je m'en vais. Demain, qu'elle a dit.
- Ah, que j'ai fait.
Zirgule elle reste jamais vraiment, elle est comme une bille sur des rails, comme un baril de poudre dans un jeu vidéo. Elle m’avait dit qu’il fallait pas que je m’approche d’elle mais moi j’y peux rien, j’aime me faire sauter le caisson.
Elle s’est assise sur le canapé, et mon ombre et moi on est venus à côté d’elle. Mon ombre m’a allumé une clope, et j’ai dit :
- T'as vu le match hier ?
- Non.
- T'as vu le match hier ?
- Non.
Alors j’ai foutu ma clope dans l’évier et j’ai donné un grand coup de pied dans la porte de la salle de bain et je me suis assis sur la cuvette sans enlever mon pantalon et j’ai pleuré. Mon ombre essayait de me consoler mais j’étais pas consolable, et si c’était pour devenir une console avec des jeux vidéos dedans avec des barils de poudre non merci, j’ai assez de Zirgule qui se ramène pour me dire qu’elle se barre.
J’ai gueulé comme un phoque à la pleine lune :
- Zirguuuule ! Comment t'as pu me faire ça ?
- Zirguuuule ! Comment t'as pu me faire ça ?
Elle s’est approché tout doucement, à pas feutrés, elle avait pas d’ombre, c’était elle, l’ombre. Et elle s’est mise à parler à la mienne :
- Tu te souviens, quand tu disais que t'étais mon aérodrome, ma piste d'atterrissage ?
- Tu parles ! J'avais pompé ça sur Daniel Pennac...
- Tu te souviens, quand tu disais que t'étais mon aérodrome, ma piste d'atterrissage ?
- Tu parles ! J'avais pompé ça sur Daniel Pennac...
Elle me torpilla du regard façon Charles De Gaulle pour me dire qu’elle s’adressait pas à mon illustre mais à celle de mon ombre. J’ai haussé les épaules en me disant que je savais faire que ça, hausser.
- Tu te souviens ?
- Tu te souviens ?
Alors mon ombre lui a chuchoté un truc à l’oreille. Elle a rougi, ce qui a fait que vu qu’elle était à la base toute bleue et blanche, qu’on aurait dit un logo de certification 100% viande française. Je lui ai dit et elle s’est marrée en-dedans. En dehors, elle m’a filé une petite gifle. J’ai pas bronché. J’ai dit :
- Je vais faire de la bolognese.
- Je vais faire de la bolognese.
Quand j’ai eu fini de faire ma bolo, Zirgule était partie. Elle avait laissé un prospectus sur la table, ouvert sur une page parlant de tourisme au Wisconsin.
Zirgule, ma Zirgule, mon aimée, qu’est-ce que tu peux bien aller foutre au Wisconsin ?
Je me suis retourné sur mon ombre et je me suis rendu compte que j’étais bien marron parce qu’elle s’était barrée. Zirgule me l’avait fauchée.
La maline.
Commentaires
Enregistrer un commentaire